La gravure en clair-obscur au Louvre

Le musée du Louvre expose plus d’une centaine d’estampes en couleur dans le cadre de son exposition Gravure en clair-obscur.  Elle se déroule dans les nouveaux espaces du Cabinet des dessins et des estampes situé dans la mezzanine du hall Napoléon.

Ce que l’on appelle la gravure en clair-obscur (chiaroscuro en italien) est en pratique la gravure en couleur : contrairement aux gravures sur bois du 15ème siècle dont les éléments colorés sont apposés à la main après l’impression, une gravure en couleurs est une estampe où celles-ci sont apportées à l’impression. Elle est composée d’au moins deux matrices, une qui contient les grandes lignes de la composition, appelée planche de trait, et une autre qui comporte la couleur, appelée planche de teinte. 

Prenons comme l’exemple l’image en exergue : il s’agit d’une gravure d’Andrea Andreani d’après Giambologna,  Pilate se lavant les mains tandis qu’on emmène le Christ réalisée en 1585. La gravure de cette estampe nécessitait une planche de trait noir et trois planches de teinte marron.

C’est dans l’univers de l’imprimerie que cette technique est mise en œuvre pour la première fois, à Venise et à Augsbourg dans les années 1480, grâce à Erhard Ratdolt. La gravure en clair-obscur fut pratiquée dans toute l’Europe des années 1510 à 1650.

Les artistes vont s’approprier cette technique, non pas comme simple alternative à la gravure en taille douce colorée manuellement, mais en testant également des déclinaisons de teintes pour explorer les rapports entre l’ombre et la lumière (il faut bien qu’il y ait un peu de clair et d’obscur !).

À l’opposé, le grand maître de la gravure Albrecht Dürer ne voulut jamais céder à cette « mode » du clair-obscur qu’il méprisait. Ce qui n’empêcha pas des graveurs et imprimeurs d’ajouter des planches de teinte à ses gravures originales pour en tirer des estampes colorées (bien après sa mort). C’est le cas du portrait d’Ulrich Varnbüler dans la galerie ci-dessous. Allez régler les droits d’auteur après ça !

L’exposition permet de mettre en parallèle plusieurs versions des estampes imprimées avec des teintes différentes. Et sont aussi exposés des dessins ou des estampes colorées pour servir de comparaison ou de référence, mais là, je trouve que ça trouble parfois le message.

Enfin, le sous-titre de l’exposition Cranach, Raphaël, Rubens … sacrifie un peu au sensationnel pour attirer le public sur des noms célèbres. Dommage, cela sonne comme un poil méprisant vis-à-vis des autres acteurs que sont les graveurs et les imprimeurs de génie qui ont permis de maîtriser cette technique.

Mais ne boudons pas notre plaisir …

Au bout des espaces d’exposition, une salle de médiation dédiée aux techniques du dessin, du pastel, de la miniature et de l’estampe est ouverte en permanence. Des vitrines et des écrans vidéo permettent aux visiteurs de découvrir les techniques et les gestes des arts graphiques.

Vitrine sur les techniques de l'estampe dans l'espace de médiation

Après la nouvelle vague des estampes japonaises et l’accrochage du musée des beaux-arts de Brest, ceci était mon troisième contact en peu de temps avec la gravure. Intéressant d’avoir ainsi plusieurs approches d’une technique artistique.

Pour en savoir plus :

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