Aux Archives nationales, une exposition retrace l’histoire de la carte de France, dite de Cassini, réalisée au 18e siècle, première carte à avoir été levée géométriquement à l’échelle d’un pays tout entier. Composée de 181 feuilles, elle forme une œuvre monumentale de plus de onze mètres de large sur douze mètres de haut.

Ce projet de grande ambition a été soutenu par une volonté politique continue, de Louis XIV à Bonaparte. Il a mobilisé quatre générations d’astronomes et de cartographes de la famille Cassini, ainsi que de nombreux savants et ingénieurs. Pour mener à bien cette entreprise, ils ont utilisé des techniques scientifiques innovantes pour l’époque, notamment la triangulation. Cette méthode, qui relie des points fixes comme des clochers ou des collines, permet de mesurer les distances avec une précision inédite.
Quelques dizaines d’années avant les Cassini, l’astronome Jean Picard, considéré comme le fondateur de la géodésie moderne, est le premier à mesurer un arc de un degré de méridien terrestre par triangulation avec des instruments munis de lunettes astronomiques à réticule. Il en déduit le rayon de la Terre, supposée sphérique, avec une exactitude jusque-là inégalée.

Le travail de terrain sous la direction des Cassini a duré plus de 70 ans. Les habitants ont parfois été sollicités pour nommer les lieux, non sans une certaine méfiance, craignant que cette carte ne serve à un meilleur contrôle du royaume, donc à augmenter les impôts. Pourtant, le résultat est une véritable encyclopédie du territoire français.
La carte a connu une large diffusion, avec des exemplaires prestigieux, parfois imprimés sur soie, ayant appartenu à des figures comme Louis XVI ou Marie-Antoinette. Son utilité a largement dépassé le cadre scientifique. Elle a notamment servi de base cartographique lors de la création des départements en 1790, et certains de ses usages administratifs, comme ceux liés aux droits sur les moulins, persistent encore aujourd’hui. Elle reste également une ressource précieuse pour l’histoire de l’environnement et l’archéologie.
Grâce à un versement majeur de l’IGN aux Archives nationales, un fonds exceptionnel composé de calculs, de dessins et de cuivres originaux permet aujourd’hui de redécouvrir l’histoire de cette aventure humaine et scientifique. La carte de Cassini a non seulement renouvelé les méthodes de son temps, mais elle est aussi devenue un modèle universel pour la cartographie occidentale.
Pour en savoir plus sur la Carte de Cassini tout en naviguant dans les différents fonds de carte de cette époque, vous devez absolument consulter l’histoire de sa réalisation sur le site de l’IGN : l’invention de la carte moderne.
Le site cartes.gouv.fr qui assure la succession du Géoportail sur le web propose aussi la carte de Cassini comme fond de plan, superposable à tous les fonds de carte habituels. Parfait pour remonter le temps.
Essayez ci-dessous.
Pour ouvrir cette carte en grand dans un nouvel onglet : cliquer ici.
L’exposition est en place jusqu’au 1er février 2027 à l’hôtel Soubise des Archives nationales, ne manquez pas d’y aller, en plus elle est gratuite.
Les Archives nationales nous avaient régalés en 2019 avec une autre exposition sur l’histoire de la cartographie : Quand les artistes dessinaient les cartes. Cette exposition mettait en avant les cartes locales et régionales dessinées pour servir de support à des affaires d’administration des territoires, en dehors de toute politique nationale coordonnée. Ne cherchez pas plus loin, mon article est le seul à être disponible sur cette exposition déjà lointaine …





















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