Parfois au détour d’une balade, on croise une page d’histoire, souvent la « grande » avec une halte devant un monument, un château ou une abbaye qui a enregistré le passage d’un roi ou d’un empereur. Pour notre randonnée à Lieusaint (Seine-et-Marne), c’est plutôt le côté nature qui nous attirait mais nous avons été aussi interpelés par une page de la « petite » histoire, en l’occurrence celle de la mesure de la méridienne pour définir le mètre.

En effet, lorsque le gouvernement révolutionnaire de 1792 décida de définir une unité de mesure de longueur universelle pour en finir avec les toises, pieds, pouces, etc. plus ou moins communes, mais définies de façon arbitraire et locale, il fut choisi de s’appuyer sur une grandeur universelle pour cette définition, à savoir les dimensions du globe terrestre qui n’appartient à personne et plus précisément la dix millionième partie du quart du méridien de Paris.

Musée Bernard d’Agesci (Niort) – Conservatoire de l’éducation

Pour mesurer un méridien à la fin du 18e siècle, on ne déploie pas une chaîne d’arpenteur tout autour de la terre en passant par les pôles, on choisit plus « simplement » de mesurer une portion de ce méridien. Puis, à partir des différences de latitude entre les deux extrémités et en faisant une règle de trois, on peut déterminer le tour de la terre (ou son quart). Il fut choisi d’aller de Dunkerque à Barcelone, villes situées sur le méridien de Paris et au niveau de la mer, et encadrant le 45e parallèle.

Même ainsi, on ne mesure pas directement la longueur, on recourt à la triangulation en profitant des propriétés géométriques des triangles : connaissant deux angles d’un triangle et la longueur d’un côté on peut connaitre la longueur des autres côtés (et le troisième angle). Il est plus précis et rapide de mesurer des angles que des longueurs. Si l’on « enchaine » plusieurs triangles adjacents, il suffit de mesurer la longueur d’un seul côté d’un seul triangle de cet ensemble pour déterminer toutes les longueurs de tous les autres triangles.

Ci-dessous la représentation d’une partie des triangles couvrant le tracé de Dunkerque à Barcelone. Chaque sommet était soigneusement choisi pour qu’il soit visible depuis les autres repères et réciproquement. Ces opérations, qui durèrent sept ans, furent menées par les astronomes Jean-Baptiste Delambre et  Pierre Méchain

Deux côtés de triangle furent choisis pour servir de « base » au calcul des longueurs, un dans le nord de la France, un dans le sud. Comme on le voit sur le plan ci-dessus, la base nord était le segment Lieur saint (sic) – Melun : c’est la distance entre les deux bornes de Lieusaint et de Melun, d’une longueur de 6 075,90 toises (environ 11,842 km), mesurée très précisément en plaçant bout à bout à même le sol des règles graduées de deux toises de long, qui servira de base aux calculs de triangulation effectués par Delambre et à la définition du mètre.

Lieusaint était le « terme boréal » de la base, donc l’extrémité située au nord, d’où le toponyme que l’on retrouve dans la commune. Cette extrémité était matérialisée par une pierre qui existe toujours.

Pyramidion du terme boréal de Lieusaint

Ça tombe bien, cette pierre est située à l’extrémité d’une coulée douce qui mène le visiteur depuis la gare jusqu’au centre ville. Tout au long de cette allée, des panneaux donnent des informations sur les anciennes mesures utilisées en France et le rôle de Lieusaint dans la définition du mètre. Il semble bien que la pierre soit à son emplacement initial.

En lisant ces lignes, on pourrait croire, parce que je simplifie à l’excès, que les connaissances de l’époque révolutionnaire étaient sommaires. Mais elles étaient déjà bien avancées, on connaissait par exemple la valeur d’aplatissement de la terre aux pôles (d’où le choix de faire la mesure autour du 45e parallèle), la géométrie mise en œuvre était une géométrie sphérique (et non pas plane) pour tenir compte de la rotondité de la terre (la somme des angles d’un triangle n’est pas de 180°). De plus, la mesure de méridien avait déjà été effectuée par les Cassini mais avec des outils techniquement moins précis.

Voila pour la culture et l’histoire, place à la randonnée. Depuis le terme boréal, on rejoint la place de l’église Saint-Quintien et une autre promenade verte (enfin elle devait être verte avant la sécheresse de cet été) nous permet de rejoindre la zone humide du ru des Hauldres que nous allons contourner.

Promenade toute en verdure et en fraicheur, on en oublierait presque qu’on longe une zone industrielle dont les employés viennent jogger à la pause méridienne. Mais tout est calme et reposant.

La seconde partie de la randonnée conduit à l’espace naturel de La Motte, aménagé à l’emplacement d’un bassin de décantation de la sucrerie de Lieusaint, démolie en 1995 pour faire la place à la gare et au pôle multimodal. Cette zone humide n’est pas traversée par le ru des Hauldres qui la longe au nord, j’imagine que cette zone est alimentée par l’eau en sous-sol, toujours est-il que le plan d’eau est à sec et que la vue qu’on en a est bien triste.

Des postes d’observation sont installés autour du plan d’eau mais aujourd’hui il n’y a pas grand-chose à voir.

Depuis la zone naturelle, le retour vers la gare est rapide, ainsi donc se termine une petite randonnée sympathique (un peu moins de 9 kilomètres) qui permet de se rendre compte que l’on peut restaurer des zones humides et que cela donne d’excellents résultats. Ici, non seulement l’espace naturel de la Motte a été regagné sur un ancien bassin de décantation, mais la zone humide autour du ru des Hauldres a aussi été renaturée.

Si vous êtes intéressé par cette randonnée, n’hésitez pas à passer par le centre ville avant de rejoindre la zone humide, le souvenir de Delambre vous accompagnera pour vous aider à mesurer combien son travail a changé le monde.

Randonnée Lieusaint – OSM and maps

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