À nouveau direction le sud-ouest, la Nouvelle Aquitaine, et plus particulièrement sa capitale Bordeaux, ville que nous ne connaissons pas et qui nous attire depuis des années, sur la foi d’une réputation bien partagée dans les guides de voyage et autres magazines culturels.
Située à un peu plus de deux heures de TGV de Paris, Bordeaux est une ville qui se parcourt et se laisse découvrir au gré des quartiers, des façades en pierre blonde et des places animées. Trois jours nous ont suffi pour en saisir l’atmosphère, entre tradition et modernité, sans tomber pour autant dans le cliché de la « perle d’Aquitaine ».
Question modernité, le réseau des transports en commun dans le centre de la ville est impressionnant avec ses 6 lignes de tramway, ses 2 lignes de bus express et les autres lignes de bus normales, sans compter les trois lignes de « Bato » qui nous transportent d’une rive à l’autre sur la Garonne. Avec un pass illimité de 72 heures pour 13 euros, voila la question du déplacement résolue. Pour en terminer sur le sujet, notez que l’application mobile TBM est très bien faite, complète et efficace. Un vrai bonheur de circuler au centre de Bordeaux !
Pour cette première journée, nous déambulons dans les quartiers historiques avec les étapes inévitables de la place de la Bourse et son miroir d’eau, la porte Dijeaux, la tour de la Grosse Cloche, la porte Cailhau. L’acmé de cette balade est l’ascension des 233 marches de la Tour Pey-Berland, clocher de la cathédrale Saint-André dont elle est séparée pour des questions de stabilité d’ensemble. De là-haut, on profite d’une belle vue panoramique sur Bordeaux, qui se mérite car la grimpette est ardue … Ce site est géré par le centre des Monuments nationaux, notre carte d’abonnement nous a évité le paiement du ticket d’entrée, il n’aurait pas fallu payer en plus ! En fin d’après-midi, nous longeons à nouveau la Garonne pour admirer le pont de pierre au coucher de soleil.
Pour la pause méridienne, nous essayons un restaurant italien, le Santini, situé à deux pas du Grand Théâtre, pour un repas entamé avec deux Spritz, continué avec deux plats du jour (des fusili avec une sauce) et terminé avec une crema caramellata et un cafe dolci. En fin d’après-midi, nous nous rendons dans l’ancienne église Saint-Siméon située sur la place Camille-Jullian, ancienne église désacralisée depuis la Révolution et actuellement transformée en cinéma Utopia et en café où l’on peut se sustenter d’une assiette fromage – charcuterie.
Autre pause gourmande indispensable, la recherche du meilleur cannelé dans la ville qui revendique son invention. Au fait, écrit-on canelé ou cannelé ? Renseignements pris, les deux orthographes existent mais l’Académie française et les plus connus des dictionnaires l’écrivent avec deux « n », cannelé. L’orthographe « canelé » serait une sorte de « marque collective » défendue pas les principaux artisans bordelais pour bien identifier leur produit et son authenticité. Résultat de nos recherches, la Toque cuivrée est sans aucun doute le meilleur pâtissier pour un rapport qualité prix imbattable : 55 centimes un excellent cannelé de taille moyenne quand les concurrents dépassent allègrement un euro ! Et il y aurait même un kiosque de vente à la gare Montparnasse qui pratiquerait les mêmes prix !

Bref ! c’est gavé bon, ces petites choses … Pour ceux qui ignoreraient la signification de « gavé » dans ce sens, sachez que le Petit Robert vient de l’introduire dans son édition 2027, comme adverbe voulant dire « beaucoup » et dont l’origine bordelaise est indéniable.
Le lendemain, la grisaille est au rendez-vous avec un peu de pluie. Nous démarrons la journée avec une petite croisière fluviale en « Bato » qui nous fait traverser la Garonne pour rejoindre Darwin écosystème. Situé sur la rive-droite de Bordeaux, dans le quartier de la Bastide, cette ancienne caserne désaffectée aujourd’hui éco-réhabilitée est un des lieux les plus visités de la ville, où se côtoient entrepreneurs écolos, familles en balade, amateurs de street-art, skateurs, clubbers et brunchers du dimanche …
Un bus nous ramène sur l’autre rive en passant par le pont Jacques Chaban-Delmas, au pied de la Cité du vin. Nous revenons à pied vers le centre ville en longeant les nouveaux aménagements des « hangars » où les restaurants et bistrots du front de Garonne apportent une belle animation. Nous sommes dans le quartier des Chartrons, zone proche du centre-ville dont l’architecture ancienne typique et le front de Garonne incitent les décideurs à entreprendre sa réhabilitation. De vastes programmes créent des habitations et des bureaux modernes en préservant les façades chargées d’histoire, dominées par les hautes flèches néo-gothiques de l’église Saint-Louis-des-Chartrons. De mal famé, le quartier devient branché et colonisé par les antiquaires et brocanteurs.
Nous avons déjeuné d’un ramen chez Fufu, cours Portal. Ce bol de bouillon plein de saveurs avec des nouilles, des pousses de bambou, du soja, un œuf dur, des algues, du confit de porc et de la poitrine caramélisée constitue une halte réconfortante.
Dans l’après-midi, nous continuons à déambuler dans le centre ville en découvrant de nouveaux quartiers, notamment celui des Capucins et le marché des Douves, ancien marché au détail réhabilité en 2015, sous une impulsion citoyenne, en laboratoire d’innovation sociale et culturelle. Puis nous allons jusqu’à la basilique Saint-Michel qui n’est pas dans un très bon état. Nous achevons cette journée par une halte au bar La Comtesse, rue du parlement Saint-Pierre. Bons cocktails et décoration étonnante.
Le lendemain, encore de la grisaille pour notre dernière journée à Bordeaux. Nous quittons l’hôtel vers 11 heures pour nous rendre en tramway à la Cité du Vin qu’il ne faut, paraît-il, pas rater. Difficile de l’éviter tant sa présence près de la Garonne au nord de la ville écrase les alentours. C’est un bâtiment de verre et d’acier qu’on a comparé à un verre ou à une carafe de vin mais qui est inspiré d’un « cep de vigne noueux rappelant le vin tournant dans un verre et les remous du fleuve tout proche ».
Bon ! l’exposition permanente sur le monde du vin et le « parcours sensoriel de dégustation » ne nous intéressent pas beaucoup, en plus pour 23 euros l’entrée, ce qui commence à être le tarif « normal » de toute attraction. Nous nous contentons donc de pénétrer dans les espaces ouverts à tous, accueil, billetterie, boutique. Rien de bien particulier dans cet environnement de verre et d’acier assez impersonnel et présentant autant de charme qu’un cinéma multiplex, un centre commercial ou un musée d’art moderne.
Par contre, les halles de Bacalan toutes proches sont plus accueillantes et nous y trouvons de quoi nous sustenter généreusement.


Nous revenons vers le centre ville et musardons en attendant l’heure de notre TGV de retour, sans oublier de glisser quelques cannelés dans nos bagages.
Bordeaux est une ville où il fait bon marcher, s’arrêter pour boire un verre, déguster un cannelé ou observer les détails architecturaux. Les trois jours passés ici permettent de saisir son rythme, et surtout l’animation bon-enfant des quartiers centraux que j’ai gavé adoré. Pas de quoi en faire une destination exceptionnelle, mais une étape agréable pour qui aime les villes à taille humaine.










































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