Entre deux canicules ou deux pics de chaleur, nous profitons d’une pause fraicheur bienvenue en ce mois d’août pour aller visiter le château de Pierrefonds, situé à 75 kilomètres de Paris. Une fois rendus à Compiègne par le train (TER Hauts-de-France) en 40 minutes depuis la gare du Nord, c’est à vélo que nous parcourons les 15 derniers kilomètres au travers de la forêt de Compiègne.
- Bon à savoir, la gare SNCF de Compiègne n’aime pas les cyclistes, il n’y a aucune rampe, escalator, ascenseur, voire une simple gouttière le long des escaliers pour aider à en sortir sa monture … Heureusement de bonnes âmes se proposent de filer un coup de main.
Le château de Pierrefonds est géré par le Centre des monuments nationaux, ce qui nous autorise à le visiter gratuitement avec notre carte Passion monuments. J’étais parti avec un a priori sur ce château que je croyais n’être qu’une vision reconstituée et romantique du Moyen Âge, tout comme le château de la Belle au bois-dormant.
Mais le château a d’abord été une formidable forteresse, construite par Louis d’Orléans et destinée à contrôler les échanges entre les Flandres et la Bourgogne dès la fin du 14e siècle. Après tout juste deux siècles de vicissitudes historiques, Louis XIII le fait démanteler pour qu’il ne serve pas à ses opposants et il reste à l’état de ruines comme montré ci-dessus pendant encore deux siècles. Il devient sous le Second Empire une destination romantique pour les balades et les fêtes de la bonne société et Napoléon III, dit le Petit, décide de transformer Pierrefonds en résidence impériale.
Sa restauration en seconde moitié du 19e siècle sous la conduite d’Eugène Viollet-le-Duc conduit au monument que l’on connait aujourd’hui. Le restaurateur en chef met en pratique ses conceptions architecturales pour en faire un château idéal tel qu’il aurait pu exister au Moyen Âge. À ce titre, il s’agit autant d’une œuvre de création que d’un travail de restauration : « Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné. »
Après avoir pénétré dans l’enceinte, il faut contourner le château pour atteindre l’entrée principale, ce qui permet de contempler l’architecture défensive médiévale des hauts remparts et des tours.
Après avoir franchi le pont-levis, on entre dans le château par la cour d’honneur d’une grande richesse architecturale : l’art roman y côtoie la Renaissance, le néogothique et l’art Nouveau, ce qui fait un contraste avec la sévérité des façades extérieures qu’on vient de longer.
Le cœur du monument est, dans la cour d’honneur, le donjon qui abrite le logis seigneurial accolé à une tour défensive. C’est cet édifice qui devait, à l’origine, faire uniquement l’objet d’une restauration, les autres bâtiments étant conservés en ruines « pittoresques » pour le décor. Lui fait face une statue équestre de Louis d’Orléans qui surveille les allers et venues dans la cour d’honneur.
Le château ne servira jamais de résidence impériale, faute d’empereur (piteusement disparu en 1870), mais il sera ouvert au public très rapidement. On y trouve cependant tout ce qui devait servir à une telle résidence avec des salles de réception et les appartements de l’empereur et de l’impératrice, dans un mélange de modernité et de décors médiévaux reconstitués.
Le parcours de visite proposé mène les visiteurs dans toutes les bâtiments du château. Actuellement, la salle des Preuses (une preuse, c’est un preux au féminin, donc une femme valeureuse et courageuse) est fermée pour restauration. En contrepartie (enfin je suppose), l’appartement de l’impératrice est ouvert à la visite, ce qui n’était pas le cas auparavant.
Au début de la visite, une petite exposition présente Viollet-le-Duc et son œuvre de restauration. Puis on grimpe dans des salles consacrées à la collection Mauduit, où sont exposées des œuvres des ateliers Mauduit, célèbres pour l’utilisation de la technique des métaux repoussés.
Puis c’est la chapelle, le donjon, les appartements impériaux, les salles d’apparat, la salle des gardes, le chemin de ronde …
Comme vous pouvez le voir sur les photos, les salles et décors sont de toute beauté. Certes, ce n’est pas la décoration originale des 15e et 16e siècles mais le talent déployé par Viollet-le-Duc et ses artisans pour « rétablir » le château dans cet état « idéalisé » est tout simplement admirable.
Avant de finir la visite, il faut faire un détour par les caves dont les murs datent du 14e siècle et les voûtes du 19e. Une exposition étonnante, « le bal des gisants », est constituée de moulages en plâtre de sépultures funéraires commandées par Louis-Philippe pour rendre hommage aux grands personnages de l’histoire de France. Présentée à l’origine à Versailles, cette collection est depuis 1953 à Pierrefonds. Les originaux de ces sépultures, en marbre pour la plupart, se trouvent dans différents édifices religieux dont, bien sûr, la basilique de Saint-Denis pour ce qui concerne les sépultures royales.
À l’issue de cette visite passionnante, il ne nous reste plus qu’à reprendre à vélo un autre chemin vers Compiègne, qui nous fait passer par la petite commune de Saint-Jean-aux-Bois bâtie autour d’une abbaye dont il ne reste que l’église abbatiale et la salle capitulaire. Le gentilé de ses habitants est « les Solitaires » puisque la commune a été renommée la Solitude sous la Révolution. C’est dire si il y régnait une atmosphère d’ouverture sur le monde …
Pour en savoir plus sur le château de Pierrefonds :
- la fiche de visite détaillée
- le petit dépliant distribué aux visiteurs

































































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