Lyon, canicule, confluences et petits bouchons

Le pot de Côtes est-il un remède efficace contre les effets délétères de la canicule en milieu urbain ? C’est pour vérifier cette hypothèse que nous nous sommes rendus dans la capitale des Gaules, comme on dit, en plein épisode de chaleurs fin-juilletistes.

Musée des confluences

Jeudi 26 juillet 2018

Pour nos 54 heures lyonnaises, nous allons suivre les recommandations du Routard consacré à la ville. Nous avons choisi l’hôtel des Remparts situé sur la place Carnot, à une encablure de la gare de Perrache. Ainsi nous n’avons pas à trimbaler notre valise et son implantation dans la presqu’île (entre Saône et Rhône) permet un accès direct et rapide aux lieux que nous voulons visiter. Les chambres sont bien agencées et climatisées, ce qui est bien agréable alors que les 36 degrés règnent à l’extérieur. Le hall d’accueil est en travaux, l’accès se fait donc par une petite pièce sur le côté. C’est surtout le personnel qui en souffre et malgré cela, ils sont tous d’une grande gentillesse.

Munis de notre Pass 48 heures des TCL, nous prenons le métro pour rejoindre le vieux Lyon et nous empruntons le funiculaire (la « ficelle ») qui grimpe sur la colline de Fourvière. De là, belle vue sur l’est de la ville.

Panorama sur Lyon depuis Fourvière

Nous visitons de la basilique du même nom avec ses deux églises superposées (la haute et la basse) et ses nombreuses mosaïques.

Nous redescendons à pied vers le vieux Lyon via les jardins du Rosaire qui s’étendent sur la pente de la colline et la montée des Chazeaux qui débouche sur la rue du Bœuf.

Il est temps de faire une pause déjeuner pour vérifier l’efficacité du pot lyonnais sur la fatigue et celle du saucisson sur la fringale. Nous choisissons Chez Grand-Mère, 11 rue du Bœuf. Les salles sont en sous-sol, bien fraîches et climatisées, nous jetons notre dévolu sur un saucisson entier en entrée (pour nous deux, faut rester raisonnable) puis sur des gratins de ravioles, accompagnés d’un pot de Viognier.

En sortant du restaurant, nous faisons une petite balade dans les ruelles et traboules du quartier, en suivant les renseignements de notre guide favori.

Nous traversons la Saône pour gagner la place des Terreaux et le musée des Beaux-Arts qui fait partie de nos objectifs de visite. La fontaine Bartholdi trône sur un côté de la place qui donne à la fois sur l’Hôtel de ville et le musée. À l’origine, cette fontaine devait représenter le char triomphal de la Garonne pour Bordeaux mais devant l’impécuniosité de la ville, c’est Lyon qui a récupéré le monument en le transformant en La France tirée par ses quatre grands fleuves.

Le musée réserve quant à lui des œuvres sympathiques dans un parcours complet depuis les antiquités égyptiennes jusqu’à l’art contemporain (avec l’habituel foutage de gueule à découvrir dans la galerie ci-dessous : un indice, il est composé de trois morceaux).

En sortant du musée peu avant 17 heures, la chaleur nous tombe dessus et nous décidons de rentrer à l’hôtel pour prendre un peu de repos au frais. Vers 19 heures, nous prenons en métro la direction de la Croix-Rousse. Nous dînons au Comptoir du vin, 2 rue de Belfort, un petit restaurant authentique avec son patron haut en couleurs. Nous sommes les seuls clients. On nous mitonne deux salades campagnardes d’enfer, très généreuses, avec d’excellentes pommes de terre sautées et plusieurs tranches de jambon cru. Nous arrosons cela avec une fillette de vin rouge ardéchois bio et un verre de chardonnay. Les desserts glacés sont plus communs mais ils finissent bien la séquence émotion papillaire.

Nous déambulons ensuite dans le dédale des ruelles et traboules des pentes de la Croix-Rousse, en passant notamment par la cour des Voraces, grand symbole des luttes sociales à Lyon.

Un peu vannés, nous reprenons le métro à Croix-Paquet pour regagner l’hôtel.

Vendredi 27 juillet 2018

Après une nuit bien reposante en climatisé, nous prenons notre petit-déjeuner à la brasserie voisine Accasbel réquisitionnée par notre hôtel en raison des travaux. Il s’agit d’un bar à bières irlandaises qui doit être très intéressant à explorer en soirée mais pour l’instant, il ne sert que les petits-déjeuners …

Direction la confluence Saône-Rhône au sud de la presqu’île, avec le tramway (qui est climatisé !). C’est un quartier que nous voulions absolument visiter car il a fait l’objet d’aménagements très importants depuis de nombreuses années. Anciennement occupé par des activités ferroviaires ainsi que par un important marché d’intérêt national, il est maintenant totalement restructuré avec des bâtiments commerciaux, des bureaux, des lieux culturels, ainsi qu’un port de plaisance (Port Rambaud) et un musée (le musée des Confluences). Le tout dans un environnement architectural très débridé …

Le musée des Confluences est situé à la toute dernière extrémité de la presqu’île. Son architecture est dans la continuité de ce que nous venons de parcourir.

Il est présenté comme un lieu de « confluence des savoirs », un espace pédagogique et ludique, qui couvre aussi bien l’histoire naturelle, l’anthropologie, l’histoire des sociétés et des civilisations. Bref ! un musée un peu fourre-tout qui doit correspondre à la dénomination du lieu où il est construit (confluence) ! Il me fait penser au musée de la Civilisation à Québec où j’avais aussi eu du mal à saisir la cohérence d’ensemble.

D’ailleurs, j’ai appris depuis notre visite que le chargé de projet du musée des Confluences avait été débauché en 1999 du musée québécois. Il y est retourné en 2010 pour en assurer la direction. Sa mission à Lyon consistait à transformer l’ancien musée Guimet d’histoire naturelle de Lyon en musée des sciences et de la société. Ce qui doit expliquer l’éclectisme des collections et des ambitions du nouveau lieu. Et également de la présence importante de l’art inuit dans la section « Origines, les récits du monde » ! Le niveau 2 est occupé par quatre sections de collections permanentes, origines, espèces, sociétés et éternités.

Le niveau 1 est occupé par des expositions temporaires : les Touaregs (intéressante pour découvrir ce peuple de tradition nomade en pleine évolution), Carnets de collections (pour sortir régulièrement les objets des réserves et les montrer au public selon des thématiques) et Yokainoshima, qui fait le lien entre les photographies de Charles Fréger et les collections japonaise du musée (je n’y ai rien compris et les photos ne me plaisaient pas trop).

La dernière exposition temporaire est consacrée à Hugo Pratt, lignes d’horizon et veut mettre en regard le monde imaginaire de cet immense auteur et les objets des collections du musée. La scénographie se prétend « immersive » (c’est très à la mode), en fait ça consiste à pendre au plafond d’immenses reproductions en noir et blanc des aventures de Corto Maltese ou d’autres héros d’Hugo Pratt pour faire croire au visiteur qu’il plonge dans leur monde et le laisser découvrir quelques objets ou planches originales. Malheureusement, cette scénographie trop présente (et sans intérêt)  peine à cacher la relative maigreur du fonds présenté.

Il est plus de 13 heures quand nous sortons dans la fournaise lyonnaise. Vite, nous montons dans le tramway climatisé pour rejoindre les halles de Paul Bocuse dans le quartier de la Part-Dieu. Comme souvent dans ces lieux de perdition gastronomique, on a envie de tout goûter et de tout acheter tant les produits sont attirants. Nous nous contentons de déjeuner au Resto Halles d’un seul plat (pour moi un énorme onglet de bœuf avec des frites maison, pour Isa une solide salade César).

Après avoir acheté deux saucissons chez Sibilia en souvenir de notre passage, nous reprenons le tramway pour rejoindre Perrache et nous reposer un peu à l’hôtel.

Vers 18 heures, nous prenons à nouveau la direction du vieux Lyon et parcourons les quartiers de St-Georges et de St-Jean. La cathédrale St-Jean est en travaux, mais on peut accéder au transept, au chœur et à l’abside, ainsi qu’à l’horloge astronomique. Malheureusement, celle-ci ne fonctionne plus mais elle doit être remise en état, en 2020, dans le cadre des actuels travaux de restauration de la cathédrale.

Dans le quartier, deux autres maisons méritent un petit détour, la maison du Chamarier et la maison des Avocats sur la place Basoche. Près de cette dernière, un glacier fort sympathique, la Fabrique givrée, nous tend les bras et nous cédons au charme d’une Gang mangue et d’une Hot fraise !

Nous remontons vers le nord du vieux Lyon et le quartier Saint-Paul. L’horloger de Saint-Paul, Philippe Noiret, n’officie plus au 4 de la rue de la Loge, il n’y a d’ailleurs jamais eu d’horloger à cet endroit, c’est un brocanteur qui avait prêté sa boutique pour le tournage du film. Actuellement, il s’agit de la boutique de Vincent Jeannerot, aquarelliste botanique, dont Iza suit parfois les travaux. Un vrai horloger à l’ancienne, installé à quelques mètres sur la rue de la Juiverie, entretient le mythe.

Ayant franchi la Saône par la passerelle Saint-Vincent, nous admirons quelques instants la fresque des Lyonnais et les  autres murales du coin.

Il est temps de trouver une escale pour le dîner. Du coté de la place des Terreaux, quartier très animé, les adresses du Routard sont toutes fermées pour cause de congés annuels. Nous nous rabattons donc vers la place Bellecour, plus exactement la rue des Marronniers, artère piétonnière toute remplie de restaurants.

Là nous entrons Chez Mounier dont la patronne en personne, Madame Mounier, nous fait un joyeux accueil. Nous nous installons dans la « deuxième salle climatisée ». Le décor est typique des bouchons et la cuisine dans la plus pure tradition culinaire lyonnaise. Jugez-en : nous choisissons le menu à 18 euros comprenant entrée, plat, fromage ET dessert. Pour Iza, assiette des copains, quenelles sauce Nantua, demi-St-Marcellin, île flottante ; pour moi, gnafron à la crème, tablier du sapeur, demi-St-Marcellin, tarte à la praline ; pot de macon blanc.

Le retour à pied à l’hôtel est une excellent occasion d’accélérer la digestion, d’autant que la température a légèrement diminué en raison de la couverture nuageuse qui a envahi le ciel en fin d’après-midi.

Samedi 28 juillet 2018

Il pleut à verse ce matin, il nous faut trouver une occupation à l’abri des intempéries en attendant notre TGV de 16h51. Nous quittons l’hôtel vers 11 heures, valise faite et entreposée à l’accueil. Le métro nous emporte à nouveau vers le vieux Lyon car nous voulons visiter le musée Miniature et Cinéma installé dans la maison des Avocats déjà vue hier soir.

Comme nous l’explique son fondateur Dan Ohlmann à l’accueil, il y a deux musées pour le prix d’un : le premier sur le cinéma avec une collection intéressante de maquettes, mannequins et objets originaux utilisés dans les effets spéciaux avant l’ère du tout numérique actuel. Le second se consacre à l’art des miniatures et c’est tout simplement passionnant. Les miniatures, dont certaines ont été réalisées par Dan Ohlmann, sont magnifiques et on ne peut que rester sans voix devant la minutie du travail des artistes.

Certaines d’entre elles ont été utilisées dans le cinéma mais globalement il n’y a pas de lien entre les deux sections, si ce n’est la passion du patron pour  le cinéma , les maquettes et les miniatures. La visite commence, dans le sous-sol vouté de la maison, par une immersion dans les décors du film Le Parfum. Magnifique reconstitution !

Il pleut encore lorsque nous quittons le musée et nous courons nous réfugier au Café restaurant du Soleil situé au tout début de la rue St-Georges. C’est encore un restaurant typique lyonnais, où l’on est bien serrés, apparemment spécialisé en quenelles que l’on peut bien sur déguster sur place mais également acheter à emporter. Cependant nous nous laissons tenter par l’andouillette bobosse et son gratin dauphinois avec un pot de Côtes ! En dessert, glace Colonel pour Iza et St-Marcellin pour moi. Autant finir en beauté !

La pluie a cessé, le ciel se dégage progressivement et le soleil fait à nouveau monter la température. Nous gagnons la presqu’île pour une petite scéance de lèche-vitrine. Passage de l’Argue, halte rapide à l’Hôtel-Dieu qui n’est plus un hôpital et fait l’objet d’une transformation en hôtel de luxe et en centre de séminaires.

L’Hôtel-Dieu, en cours de travaux

Après une pause rafraichissement, nous passons à l’hôtel récupérer la valise et rejoindre la gare de Perrache. Notre voiture dans le TGV est presque vide, bizarre pour le week-end le plus chargé de l’année. Retour à Paris sans problème.

En conclusion :

Oui, le pot de Côtes peut aider à supporter la canicule, mais un hôtel climatisé, c’est bien aussi. Ne pas oublier de se déplacer en métro et tramway, de fréquenter les musées, éventuellement de passer par les centres commerciaux.

Synthèse :

Pour voir plus de photos : Lyon en juillet 2018