Dessins, eaux-fortes et gravures à Custodia

Publié par micmac le

La Fondation Custodia nous régale encore avec trois expositions menées en parallèle et confirmant la notoriété de la « maison de l’art sur papier » qui collectionne depuis plus de 70 ans dessins anciens et estampes.

Fondation Custodia – Affiche de l’exposition Studi & Schizzi – Dessiner la figure en Italie (1450-1700)

Aussi dénommée Institut néerlandais de Paris, la Fondation nous a déjà fait découvrir, entre autres, la nouvelle vague des estampes japonaises, les chefs-d’œuvre du musée Pouchkine et les portraits de famille de Franz Hals.

Jusqu’au 10 mai 2020, elle nous présente les Studi & Schizzi d’artistes italiens du 15e au 17e siècle mais également les gravures de deux artistes néerlandais contemporains, Anna Metz et Siemen Dijkstra.

Studi & Schizzi – Dessiner la figure en Italie (1450-1700)

Studi & Schizzi, cela signifie Études et Esquisses. La Renaissance italienne a porté un grand intérêt à la représentation de la figure humaine rompant avec les canons de l’art médiéval. Les artistes cherchaient à donner à leur modèle des proportions et des attitudes éloquentes. Au travers des premières esquisses rapidement tracées jusqu’aux études de plus en plus soignées, ces dessins sont des témoignages sur la manière de travailler des artistes. L’exposition est composée de 4 sections qui suivent ce cheminement artistique : étudier la figure, assembler les figures, composer, étudier la lumière.

Comme d’habitude, on ne se lasse pas d’admirer la virtuosité des auteurs de ces dessins.

Anna Metz – Eaux-fortes

Changement d’époque (mais pas d’étage), nous passons dans les deux salles consacrées aux eaux-fortes de l’artiste néerlandaise Anna Metz. Cette rétrospective nous fait voyager dans ses œuvres depuis ses premières gravures des années 60 jusqu’à ses eaux-fortes récentes, mais en s’attachant aux 25 dernières années car, comme nous l’explique pudiquement la Fondation, Anna Metz a attendu que ses enfants prennent leur envol pour se lancer dans une nouvelle carrière, artistique celle-là. Bien lui en a pris car son travail est de toute beauté.

Siemen Dijkstra – À bois perdu

Maintenant, il faut descendre au sous-sol de l’hôtel Turgot pour découvrir le travail de Siemen Dijkstra, artiste néerlandais contemporain lui aussi (on prononce son nom Deixtra ou un truc comme ça).

À bois perdu : ce titre évoque la technique de gravure multicolore sur bois qu’il utilise. L’image en exergue de l’article est l’impression d’une telle gravure. En voici une autre.

Fondation Custodia – Siemen Dijkstra – À bois perdu – Wisselse Veen – 2007-2015 – « What is this life » – 2015

« Là où la plupart des autres graveurs se servent pour chaque couleur d’une plaque de bois différente composant ainsi l’image à partir de plusieurs tampons, Siemen Dijkstra utilise la méthode dite du bois perdu. Il travaille avec une seule plaque, qu’il creuse toujours un peu plus à chaque passage sous presse. »

Le résultat est époustouflant, non seulement parce qu’il est un dessinateur hors pair mais parce qu’il maîtrise une technique nécessitant une précision et une méticulosité incroyables. Les détails ci-dessous donnent une idée du travail qu’il accomplit.

Au centre du parcours, une petite vitrine nous donne une explication plus détaillée, appuyée sur des épreuves et une matrice de bois de démonstration. Je vous reproduis le texte d’explication plus bas.

Fondation Custodia – Siemen Dijkstra – À bois perdu – Épreuves de démonstration et matrice de bois gravée pour « Dandelion field, non c’est du pissenlit » – décembre 2019 –

Siemen Dijkstra réalise des gravures sur bois en couleurs, dont il taille le sujet à la gouge dans une plaque de contreplaqué avant de l’ « estamper » sur une feuille de papier. Là où la plupart des autres graveurs se servent pour chaque couleur (chaque passage sous presse) d’une plaque de bois différente composant ainsi l’image à partir de plusieurs tampons, Siemen Dijkstra utilise la méthode dite du bois perdu. Il travaille avec une seule plaque, qu’il creuse toujours un peu plus à chaque passage sous presse. Dans le cas de ces tirages de démonstration, il a par exemple encré toute la plaque de bois avec un dégradé de bleu et de jaune. Pour le deuxième passage jaune-orangé, il a taillé dans le bois le ciel au-dessus de l’horizon ; après l’impression, on ne voit plus que le ciel bleu du premier passage. Le troisième passage est celui du vert clair du pré et des arbres. Là où  Siemen Dijkstra a gravé les fleurs de pissenlit à l’occasion du passage vert on voit encore le jaune. Les fleurs ont donc été formées au cours du troisième passage sous presse, mais leur couleur vient du deuxième. 

« Vous creusez toujours ce que vous voulez conserver du passage précédent » déclare l »artiste. « C’est pour cela que la technique est appelée en français du bois perdu. Le terme anglais est encore plus dramatique : suicide technique. Car ce que vous avez taillé est perdu à tout jamais. Vous ne pouvez pas imprimer plus tard quelque chose en plus. Pas de retour en arrière possible. Il faut faire bien attention. C’est un sens unique en direction du résultat final. » Pour cette petite gravure sur bois, l’artiste a eu besoin de sept passages sous presse. Mais certaines des grandes gravures complexes que vous pourrez admirer dans cette exposition ont nécessité une vingtaine d’étapes.

Siemen Dijkstra trouve la plus grande part de son inspiration dans la nature autour de chez lui dans la Drenthe, région située au nord-est des Pays-Bas. Il a aussi effectué quelques voyages dans des contrées lointaines comme les contrées arctiques ou la Bretagne, mais il revient chez lui pour dessiner toujours et encore ses paysages.

La plupart des œuvres exposées sont des gravures, mais il y a aussi quelques aquarelles-gouaches, juste pour montrer que Siemen est un vrai artiste complet, maîtrisant la totalité de sa chaîne de production !

Bon, vous avez compris que nous avons été scotchés par les œuvres de Siemen Dijkstra et par sa technique. Je vous invite à visionner cette petite vidéo qui vous en fera savoir encore un peu plus sur son travail.


La catalogue de cette exposition est de toute beauté, avec 150 reproductions en couleur dont les plus grandes sont en trois volets. Pour 29 euros, il ne faut pas se priver. D’autant que l’homme semble sympathique et pas prétentieux pour deux sous.

Catalogue de l’exposition

Conclusion : vous avez jusqu’au 10 mai prochain pour aller voir ces expositions, surtout n’hésitez pas. Si celle de Siemen Dijkstra m’a le plus impressionné, les deux autres méritent elles aussi un détour culturel vers la Fondation Custodia.


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