Jean-Jacques Lequeu, les rêveries d’un architecte solitaire

Au Petit Palais, en sortant de l’exposition Fernand Khnopff, je me suis précipité vers celle consacrée à un illustre inconnu, Jean-Jacques Lequeu, singulier personnage, dessinateur et architecte, né en 1757 sous Louis XV et mort en 1825 sous Charles X, après avoir connu les soubresauts de la Révolution, la Première République, l’Empire et la Restauration. Présentation :

« En 1825, le cabinet des Estampes de la Bibliothèque royale recevait de Jean-Jacques Lequeu un don de plus de 800 dessins. L’artiste qui confiait ainsi a une institution publique la quasi-totalité de son œuvre avait toujours rêvé d’être architecte. mais il achevait sa vie en subsistant — chichement — grâce à sa retraite d’employé de ministère. Les portefeuilles de Lequeu contenaient des portraits, des projets architecturaux plus ou moins aboutis, des dessins érotiques  et, surtout, plus de cent lavis d’une exceptionnelle virtuosité technique, un œuvre formant un cheminement plein d’une poésie brute dans un parc fantasmé. Ces dessins constituent un des fleurons du département des Estampes et de la Photographie de la BNF. L’œuvre de Lequeu n’a cessé de fasciner et d‘intriguer. Pour tenter de le comprendre, on a fait appel aussi bien a la théorie de l’architecture qu’à la psychanalyse ».

JJ Lequeu, très doué en dessin, a travaillé pour l’architecte du futur Panthéon, Jacques-Germain Soufflot. Mais à la mort de celui-ci, il se retrouve sans emploi et il ne réussira plus jamais à œuvrer dans ce domaine. Cependant, il continuera à dessiner, heureusement pour nous, et j’ai l’impression que, « délivré » de la contrainte de produire un travail quotidien sur commande, il a complètement libéré son imaginaire. 

Voyez ces mimiques.

Son inspiration le conduit à rédiger des manuels de dessin et d’architecture, même si le thème initial dérive rapidement vers des mondes imaginaires. On se croirait parfois dans l’univers graphique des Cités obscures de François Schuiten (en l’occurrence, ce serait plutôt l’inverse).

Contemporain de nombreux bouleversements politiques, il a adhéré aux idées de la Révolution, son curieux chat dessiné « d’après nature » est un hommage à la déesse de la Liberté.

La dernière section de l’exposition est plus troublante :  « ll y a chez Lequeu une obsession érotique, que l’on devine issue d’une frustration. Elle s‘exprime frontalement dans un ensemble de dessins que la Bibliothèque royale a rapidement séparés du reste du fonds et enfermés dans son « Enfer », à l’accès restreint, sous le titre de Figures lascives. Elle est également présente, de maniére plus ou moins lisible, dans les dessins d’architecture. Architecture et sexualité semblent d’ailleurs indissociables chez cet artiste qui donne à certains murs la douceur crémeuse d’une peau et aux corps une fixité de marbre. »

Vous aurez remarqué que l’affiche de l’exposition est un choix très judicieux pour matérialiser cette symbiose.

Je vous épargne les dessins les plus crus, que vous découvrirez si vous le souhaitez dans le fonds numérisé de Gallica (lien vers le site plus bas). 

Comme souvent, les expositions temporaires du Petit Palais sont intéressantes, celle-ci ne déroge pas à la règle et permet de découvrir l’artiste, alors que la personne demeure assez énigmatique. Mais bon sang ! quel talent !