Google mérite une baffe

Nota : Je publie cet article « Google mérite une baffe » entre autres pour voir comment il sera référencé par Google (en plus, je mets cette phrase en premier comme ça les mots essentiels sont dans le premier paragraphe).

Sinon, j’ai une bonne matière à vous faire partager au sujet de Google, plus exactement sur Google Earth et Google Maps.

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© Google (mérite une baffe)

Un article du blog de Google, complaisamment relayé par 01net.net et beaucoup d’autres sites avec toute l’admiration voulue, informe que les images utilisées par ces deux applications de cartographie sont dorénavant issues du satellite américain Landsat 8 et présentent une qualité bien supérieure à celles qui étaient utilisées auparavant.

On peut penser ce qu’on veut de Google (et je ne m’en prive pas) mais ces applications disruptives ont certainement révolutionné, avec le GPS, la manière de consommer la géographie. Et ce n’est pas moi qui m’en plaindrait. La question n’est pas là.

Ce qui m’a interpellé dans l’article, c’est la phrase : « Like our previous mosaic, we mined data from nearly a petabyte of Landsat imagery—that’s more than 700 trillion individual pixels—to choose the best cloud-free pixels. To put that in perspective, 700 trillion pixels is 7,000 times more pixels than the estimated number of stars in the Milky Way Galaxy, or 70 times more pixels than the estimated number of galaxies in the Universe.« ,

ce qui à mon avis veut à peu près dire ce qui suit :

« Comme pour notre précédente mosaïque, nous avons exploité des données représentant près d’un pétaoctet d’imagerie Landsat – c’est-à-dire plus de 700 000 milliards de pixels individuels – pour choisir les meilleurs pixels libres de nuages. Pour mettre ceci en perspective, 700 000 milliards de pixels est 7000 fois plus que le nombre estimé d’étoiles dans la Voie lactée, ou 70 fois plus que le nombre estimé de galaxies dans l’univers« .

Ouah ! qu’est-ce qu’ils sont forts chez Google ! Ils ont traversé la Voie lactée (voire même l’univers) avec leurs petits pieds musclés pour nous ramener ces images qu’on aimerait voir plus souvent. Non ! je déconne, ils n’ont jamais dit ça, mais ils ont fait un truc que j’adore : une comparaison à la con.

Je vais vous montrer pourquoi cette comparaison est idiote. D’abord, quel est le lien entre le nombre de pixels et le nombre d’étoiles dans le ciel ? Pourquoi ne pas comparer avec le nombre de grains de sable sur une plage ou dans le Sahara ? Ou bien avec le nombre d’atomes dans le corps humain ?

Tiens, justement, selon une estimation tout à fait sensée, ce nombre d’atomes dans le corps pourrait être un 7 suivi de 27 zéros, ce qui fait beaucoup. Alors, prenons juste la main, soit en gros un centième du corps dans son ensemble. Il y aurait donc 7 suivi de 25 zéros atomes dans ma main droite, que je m’empresse de transformer en bourre-pif dans la gueule de Google (remarquez le jeu de mot). Je peux me le permettre parce que ma comparaison est beaucoup plus forte que celle de Google : le nombre de pixels qu’ils ont exploités est tout juste égal à 7 suivi de 14 zéros (700 000 milliards de pixels). Quels petits joueurs ! J’ai  100 milliards de fois plus d’atomes dans ma main droite qu’ils n’ont traité de pixels. Alors c’est qui le plus fort ?

Bon ! gardez cela à l’esprit, le nombre de grains de sables ou d’atomes, ça marche à tous les coups et ça pose son bonhomme ou sa bonne femme dans les dîners en ville.

Mais soyons sérieux à présent. Parlons photos et pixels pour nous extasier sur la puissance de calcul de Google. Une photo de bonne qualité issue de mon appareil photo réflex pèse aux environs de 20 mégapixels, ce qui fait 20 millions de pixels. OK ! Ma bibliothèque dans Lightroom gère environ 35 000 photos, ce qui n’est pas énorme, c’est dans la moyenne, ou la médiane, enfin pas loin.

35 000 photos de 20 millions de pixels, ça fait 700 milliards de pixels dans ma bibliothèque, soit un 7 suivi de 11 zéros. Donc le nombre de pixels manipulés par Google représente 1000 fois ma bibliothèque de photos numériques : avec sa puissance de calcul phénoménale, son emprise mondiale, ses milliers d’ingénieurs et de techniciens, Google exploite les pixels détenus par un millier de photographes amateurs et leur millier de petits PC ou de petits Mac du commerce ! Quel exploit ! Quelle aventure numérique !

Vous voulez que je vous dise : je manipule dans ma bibliothèque photos 7 fois plus de pixels qu’il y a d’étoiles dans la Voie lactée …

Autre chose : Google prétend qu’ils ont exploré tous ces pixels pour trouver les images exemptes de nuages. Là non plus, il ne faut pas se moquer : les images satellitaires que l’on télécharge sont accompagnées de métadonnées, c’est-à-dire d’informations sur l’image elle-même, comme la date de prise de vue, l’instrument du satellite qui a pris la photo, les caractéristiques de la prise de vue, etc. Parmi ces métadonnées, il y a le pourcentage de couverture nuageuse, justement destiné à faciliter la recherche et le choix des utilisateurs dans les centaines de milliers d’images disponibles. Toutes ces manipulations sont automatisables, attention à ne pas nous laisser, nous, manipuler par ces champions de la communication.