Passer un après-midi à Montmartre, malgré l’affluence touristique, est toujours un plaisir, dans une ambiance qui reste bon enfant. Au cœur du quartier, à deux pas des vignes, du cabaret du Lapin-Agile et de la Maison rose, le Musée de Montmartre est sans aucun doute le plus charmant de Paris.

En cette fin d’année, il rend hommage à Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923), à l’occasion du centenaire de sa mort. Entre dessin, gravure, peinture et sculpture, cet artiste inclassable et protéiforme, n’appartient qu’à une seule école : celle de la liberté. Cette exposition, Théophile-Alexandre Steinlen, l’exposition du centenaire, met en lumière l’œuvre essentiellement engagé, humaniste et plein d’espoir d’un artiste qui croit en la mission sociale et politique de l’art.

Musée de Monmartre – Steinlen l’exposition du centennaire – Affiche

Originaire de Lausanne, en Suisse, Steinlen s’établit dès son arrivée à Paris en 1881 dans le quartier de Montmartre qu’il habite et arpente sans relâche jusqu’à sa mort en 1923. En signant l’affiche iconique La Tournée du Chat Noir, il est associé au Montmartre bohème et anarchiste de la fin du 19e siècle, et considéré comme l’un des plus fidèles témoins de l’histoire et de l’atmosphère de la Butte. Il y trouve son principal sujet : le peuple de la rue.

Musée de Monmartre – Steinlen l’exposition du centenaire – Affiche du Chat Noir

Le parcours commence avec les œuvres de sa production des premières années parisiennes, liée au cabaret du Chat Noir, déjà empreinte des convictions et de l’engagement de l’artiste : le cercle anarchiste qu’il rejoint éveille chez Steinlen son intérêt social et politique. La figure du chat qu’il déploie dans cet environnement apparaît déjà comme un symbole de liberté et l’emblème des marginaux. Elle témoigne des réflexions de Steinlen sur les agissements des hommes et les rapports de domination, tout comme sa production massive d’illustrations pour des revues aux positions politiques souvent radicales.

Un second corpus rassemble une sélection de travaux témoignant de l’engagement de l’artiste au service du peuple : « Tout vient du peuple, tout sort du peuple et nous ne sommes que ses porte-voix » écrit Steinlen. Par ses œuvres allégoriques de la Révolution populaire contre l’oppression et ses peintures donnant à voir la misère et la souffrance des travailleurs – paysans, mineurs, charretiers, trieuses de charbon, prostituées… –, Steinlen dénonce la dure réalité sociale. Véritable reporter, il va jusqu’à pénétrer la prison de Saint-Lazare, où étaient enfermées des prostituées, et livrer une véritable enquête de terrain. Son arme est son crayon.

Le troisième et dernier ensemble réunit des œuvres pensées au prisme des grands genres académiques : peinture d’histoire, paysage, nu. Steinlen reprend les codes de la peinture religieuse pour son rêve d’une société meilleure. Témoin de la Grande Guerre, il cherche des moyens picturaux et graphiques pour représenter l’indicible, et devant l’absurdité de l’histoire humaine, se met au paysage. Il réalise une série de nus, dont ceux de Masseïda, une femme d’origine Bambara qui devient le modèle d’œuvres dans lesquelles Steinlen interroge les notions contemporaines d’exotisme, primitivisme et colonialisme. Cette production d’œuvres de genres académiques est à comprendre dans la continuité de ses travaux, portés par le même message social, le même regard humaniste : Steinlen s’inscrit à la suite des maîtres et de la tradition classique dont il détourne les codes iconographiques avec ironie, laissant ainsi deviner en filigrane ses positions antimilitaristes, anticléricales et anticolonialistes.

Cette exposition, qui vous accueille jusqu’au 11 février 2024, est une magnifique découverte de l’étendue du talent de Steinlen, bien plus large que l’activité d’affichiste que j’ai eu l’occasion de mettre en avant. Les œuvres exposées proviennent des collections de la Société d’Histoire et d’Archéologie Le Vieux Montmartre et d’importants prêts institutionnels, notamment du Musée d’Orsay, de l’Association des amis du Petit Palais de Genève, du Musée de Vernon, ainsi que de collections particulières.

Pour en savoir plus, télécharger le dossier de presse de l’exposition (avec un petit passage sur le site d’Adobe).

Pour écrire le texte de cet article, je me suis largement appuyé sur celui du communiqué de presse, mais les photos sont toutes de moi.


0 commentaire

Laisser un commentaire