Nous avons consacré deux petites journées de printemps à la découverte rapide du Havre, voyage compris. Auguste Perret et André Malraux nous y attendaient pour explorer le centre ville, reconstruit après 1945 par le premier, et visiter le MuMa, musée d’art moderne inauguré par le second en 1961.

Deux heures d’un très confortable train Nomad nous auraient suffi depuis la gare Saint-Lazare si la défaillance d’un passage à niveau ne nous avaient pas un peu retardés. Mais en milieu d’après-midi nous sommes opérationnels et partons pour un petit périple urbain. Quittant notre hôtel situé au fond du bassin du Commerce, nous traversons le quartier Saint-François avec l’église Saint-François, la maison Dubocage de Bléville (musée de l’histoire du Havre, mais fermé aujourd’hui) et ses nombreux bars, restaurants et crêperies (d’où le surnom de quartier breton).

Le musée Dubocage de Bléville

Nous rejoignons le Volcan, nom donné au centre culturel du Havre, construit par Oscar Niemeyer dans les années 80, en rupture totale avec son environnement. Blanc et tout en courbes, il se distingue des bâtiments gris et orthogonaux du quartier Auguste Perret dans lequel il s’insère.

Le Volcan, centre culturel du Havre, construit par Oscar Niemeyer – Plus loin, l’église Saint-Joseph

Nous arpentons quelques rues du centre ville, traversons la place de l’Hôtel de Ville et nous dirigeons vers l’église Saint-Joseph dont le clocher monumental sert de phare pour les visiteurs. L’architecture de ce centre ville de la Reconstruction ne m’étonne pas car, ayant passé ma jeunesse à Brest, je retrouve ici le même type d’urbanisme né des ruines et de l’urgence, froid mais efficace. Chemin faisant, nous nous arrêtons à l’office du tourisme qui nous fournit, outre les plans de ville et de transport habituels, une intéressante brochure Le Havre ville d’architectes qui nous aidera à découvrir la ville.

Le Havre – Centre ville
Le Havre – L’Hôtel de Ville

Nous prenons le temps de visiter l’église Saint-Joseph, mikado géant de béton armé, principalement constitué d’une tour-lanterne reposant sur un socle carré servant à la fois de nef et de chœur. La structure est composée de piliers, poutres et croix de saint-André en béton armé, sans décoration superflue, le matériau brut devant se suffire à lui-même. Quand on pénètre dans l’église, on est immédiatement aspiré par l’espace intérieur de la tour-lanterne. Auguste Perret, athée, a voulu construire un édifice à la fois laïc et religieux, autant stèle de mémoire aux martyrs de la guerre qu’église paroissiale.

En sortant de l’église, nous prenons le bus qui nous transporte à la plage. Le temps chaud et ensoleillé donne une impression de vacances. Il y a beaucoup de monde bien que nous soyons en pleine semaine, en dehors des périodes de congé (vive le télétravail !). L’ambiance me rappelle celle des plages du Prado à Marseille. Nous reprenons le bus qui nous fait monter jusqu’aux jardins suspendus, jardin botanique situé sur les hauteurs du Havre à l’intérieur de l’ancien fort de Sainte-Adresse et dominant la ville basse, l’estuaire de la Seine et la Manche.

Vue sur la ville basse et l’estuaire depuis les jardins suspendus

Malheureusement, les serres de collection sont fermées, diminuant un peu l’intérêt de notre visite. Après une petite marche, nous redescendons en ville en bus et comme il est l’heure de dîner, nous allons À deux pas d’ici, excellent restaurant de la rue Dauphine dans le quartier Saint-François, où nous dégustons deux menus de cheu nous accompagnés de deux kirs et d’un petit Chablis.

Le lendemain matin, nous reprenons nos pérégrinations en ville, l’objectif final de la matinée étant le musée d’art moderne André Malraux sis en bord de mer au sud-ouest du quartier Perrey (rien à voir avec Auguste !) qui n’ouvre qu’à 11 heures. Chemin faisant, nous nous arrêtons à la cathédrale Notre-Dame qui mêle différents styles architecturaux, le gothique flamboyant, le style Renaissance, le baroque et le classique. Fortement endommagée lors de la guerre, elle a été néanmoins reconstruite et a conservé sa vocation religieuse.

Nos pas nous font passer devant une sculpture monumentale, la Catène de containers, œuvre de l’artiste Vincent Ganivet, située devant l’entrée du port et constituée de deux chaînettes de conteneurs. La sculpture pèse 288 tonnes et atteint une hauteur de 28,5 mètres. Elle n’a pas de support et utilise le principe de la chaînette mis en œuvre dès 1882 par l’architecte Antoni Gaudí à la Sagrada Família à Barcelone, selon lequel les forces et les tensions d’une chaîne sont utilisées pour le soutien d’un arc.

La Catène de containers – © Vincent Ganivet

Nous poursuivons notre route le long des quais et en attendant l’ouverture du musée, nous faisons une pause près de la capitainerie. Préfiguration sans doute des œuvres que nous découvrirons dans le musée, quelques rochers sont recouverts d’une peinture dorée.

Petite déception en entrant au MuMa, musée d’art moderne André Malraux, le premier niveau est fermé pour cause d’accrochage en cours, la visite est donc limitée à l’étage. Beaucoup d’œuvres d’Eugène Boudin dont le fonds d’atelier a été donné au musée, mais aussi d’autres artistes impressionnistes. On trouve aussi quelques tableaux plus anciens, qui sont un peu moins mis en valeur.

À l’extérieur du musée, devant la grande porte donnant sur la mer, s’élance, telle « la figure de proue de la ville à l’entrée du port », Le Signal, une sculpture monumentale d’Henri-Georges Adam que l’on voit sur la première et la dernière photos ci-dessus.

Je trouve dommage que le bâtiment soit ceint d’un mur en béton qui, à mon humble avis, gâche la vue aussi bien pour celui qui contemple le musée depuis l’extérieur que pour celui qui, des niveaux inférieurs, ne peut avoir une vue dégagée sur le port et la mer. Un comble pour ce qui est une « figure de proue » de la ville.

En quittant le musée, nous longeons le bord de mer jusqu’à la Porte Océane où nous déjeunons dans une brasserie. Retour en bus vers le centre ville, pause rafraichissement puis nous gagnons à pied la Maison de l’Armateur où nous avons pris rendez-vous pour une visite guidée. C’est une demeure du 18e siècle située dans le quartier Saint-François, face au port de pêche, qui fut la propriété de plusieurs négociants avant d’être transformée en musée des arts décoratifs et ouverte au public depuis 2006.

Ce qui rend admirable cette demeure est le parti pris architectural qui a positionné les espaces d’habitation autour d’un puits de lumière pour compenser le manque d’éclairage naturel en profondeur. Cette maison-musée présente des objets de l’Ancien Régime et du 19e siècle : meubles, cartes anciennes, statues, peintures, livres anciens et les différentes pièces sont agrémentées de livres anciens et de tableaux.

Visite intéressante, bien commentée par notre guide. Le billet d’entrée nous donne l’accès également au musée Dubocage de Bléville tout proche, où nous avions trouvé portes closes hier. Petite visite rapide de cet hôtel particulier qui a appartenu à Michel Joseph Dubocage, navigateur, corsaire du roi et négociant et qui permet de découvrir des objets, estampes, plans, maquettes, tableaux… faisant référence à l’histoire du Havre et à son port.

Voila, il nous reste à passer chercher les valises à l’hôtel et à gagner la gare pour le voyage retour vers la capitale.

Notre périple havrais se termine, court mais intense, nous avons le sentiment d’avoir bien profité de la ville et d’avoir découvert les principaux points d’intérêt de son centre, même si l’agglomération et la région méritent sans nul doute un séjour prolongé, aussi bien pour le littoral que pour l’arrière-pays. À programmer …


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