La Fondation Custodia a réuni environ 150 études de paysage qui présentent la particularité d’avoir été peintes en plein air, « Sur le motif », entre 1780 et 1870.

Dans la seconde moitié du 18e siècle, la pratique de l’esquisse de paysage, réalisée à l’huile, en plein air, se répandit largement à travers l’Europe. Nourris par les écrits des philosophes, les questionnements scientifiques et le sentiment poétique, les artistes s’aventuraient hors de leur atelier, munis d’un matériel portatif, pour travailler sur le motif, s’exerçant ainsi l’œil et la main à la transcription des fugitifs effets de lumière et d’atmosphère. 

L’Italie était au cœur de cette tradition. Venus de l’Europe entière, les artistes affluaient dans le Sud pour peindre les monuments de Rome et les paysages idéalisés de la Campagne romaine. La plupart de ces esquisses à l’huile ignorent toutefois les sites célèbres et s’intéressent à des lieux sans prétention et à des aperçus de la nature restitués avec spontanéité, la forme mouvante d’un nuage, la texture d’une écorce d’arbre, le flot rapide d’un cours d’eau. 

À mi-chemin entre peinture et dessin, ces études de paysages constituaient un matériel de travail qui ne sortait guère de la sphère privée de l’artiste ; une ressource précieuse dans laquelle il était possible de puiser à loisir pour insuffler fraîcheur et immédiateté à des grandes compositions d’atelier. Mais dans leur grande majorité, les peintres n’auraient jamais envisagé d’exposer ces travaux. 

Présentation de l’exposition – Fondation Custodia
Fondation Custodia – exposition Sur le motif. Peindre en plein air –

Les œuvres ont été regroupées par thèmes, invitant à s’immerger dans chaque motif et à percevoir le caractère très personnel des réponses des artistes.

Peindre sur le motif

Une première section pose la question essentielle du sens : que veut dire « peindre en plein air » ? Évoquant la sensation née de la confrontation avec la nature, ces œuvres engagent également le visiteur à s’interroger sur les modalités pratiques du travail en extérieur.

Arbres

L’arbre constitue, pour le peintre de paysage, un motif fondamental. On trouve dans cette section de minutieuses études d’arbres isolés ou en groupes, qui restituent fidèlement et dans les moindres détails l’écorce, les mousses, branches et racines, et plus encore les feuillages.

Eaux, cascades et rivages

Motif particulièrement séduisant, l’eau confrontait le peintre de plein air à de multiples défis : dépeindre la déconcertante transparence d’un élément insaisissable dans ses perpétuelles métamorphoses et la gageure de restituer à l’huile le rythme envoûtant des vagues, des courants et de la houle.

L’image en exergue est une photo d’un tableau d’Eugène Isabey, réalisé en 1850, représentant le fort de Bertheaume dont je vous ai déjà parlé dans cet article.

Vues de Rome et de la Campagne romaine

C’est en Italie, qui joue de ce fait un rôle central dans l’histoire de la peinture en plein air, que la plupart des artistes de l’époque s’essayèrent à la méthode. Venus de l’Europe entière, les jeunes peintres affluaient dans la péninsule pour y poursuivre leur formation, poussés vers Rome par le désir de se plonger dans la culture classique et l’étude des maîtres anciens. La présence de sites grandioses et de ruines antiques, la magique lumière du sud et la constance du climat garantissaient un cadre particulièrement favorable pour peindre sur le motif.

Italie du sud, baie de Naples, Capri et les volcans

Au-delà de Rome, de nombreux artistes poussaient leur périple plus au sud, vers la baie de Naples. Motif très séduisant, le Vésuve figure dans de nombreuses esquisses peintes dans la région, apparaissant le plus souvent à l’arrière-plan, imposante masse rocheuse en sommeil. L’île de Capri était une destination très prisée des peintres d’Europe du nord et maints artistes allemands et scandinaves y firent des vues emblématiques des côtes rocheuses et des eaux d’un bleu profond. 

Ciels et effets atmosphériques

Le ciel, le plus insaisissable de tous les motifs naturels, offrait un inépuisable répertoire d’expérimentations. La rapidité s’imposait pour parvenir à saisir les incessantes métamorphoses de l’ombre et de la lumière en fonction de la course des nuages dans le ciel. 

Toits, cours et ruines

La dernière section ignore délibérément les évocations classiques de Rome et les paysages d’Italie idéalisés pour se tourner vers des motifs infiniment plus humbles, souvent choisis par les artistes dans leur pays natal : vues de toits impromptues, cours de ferme, édifices délabrés, recoins anonymes.

Une sélection de dessins issus des propres collections de la fondation est insérée sur le parcours de l’exposition, pour rappeler qu’aux origines de la peinture à l’huile en plein air, se trouve le dessin et que les thèmes évoqués tout au long de l’exposition furent également abordés au fusain, à la craie ou au crayon dès les 16e et 17e siècles, évoquant ainsi l’ancienneté de cette tradition du travail en plein air.

Comme d’habitude, cette visite démontre la qualité des expositions proposées par la Fondation Custodia dont je ne me lasse jamais : intérêt du thème abordé et des œuvres exposées, scénographie simple mais efficace, livret d’informations très complet.

Vous avez encore le temps d’y aller, elle s’achève le 3 avril 2022.


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