Lors de nos pérégrinations cyclistes dans le bois de Vincennes, nous passons fréquemment devant le château de Vincennes qui nous offre une perspective remarquable sur son architecture, surtout depuis que le parking géant qui le bordait côté bois (l’esplanade Saint-Louis) a été supprimé au profit d’une prairie herbeuse.

Château de Vincennes, vu côté « bois » avec au centre la bien nommée Tour du Bois, à gauche le pavillon du roi devant le donjon, sur la droite la Sainte-Chapelle et le pavillon de la reine.

Il y a toujours un échafaudage qui traîne car le monument est en constante restauration depuis de longues années mais aujourd’hui il a retrouvé une allure magnifique. Et puis, c’est le signe que l’on s’intéresse encore au patrimoine national … Il paraît que l’Élysée fait aménager au sein du château une solution de repli en cas de débordement de la Seine à Paris et De Gaulle avait envisagé d’installer ici le palais présidentiel. J’avoue que ça aurait eu de la gueule !

Le château de Vincennes est une forteresse située sur le territoire de la commune de Vincennes, dans la banlieue Est de Paris, dont la construction a duré du 14e au 17e siècle. C’est le plus grand château fort royal subsistant en France et, du fait de la hauteur de son donjon, une des plus hautes forteresses de plaine d’Europe. C’est un témoin de l’histoire de France, entre autres comme le montre la gravure ci-dessous qui illustre l’arrivée du jeune Louis XV accompagné par le duc d’Orléans, régent du royaume.

Claude-Auguste Berey dit Berey le Fils – Vue générale du château de Vincennes : à une lieue de Paris – 1715

Au 12e siècle, les souverains capétiens fondent un manoir de chasse dans le bois de Vincennes. Au début de la guerre de Cent Ans, Jean Il le Bon (1350-1364) entreprend à proximité la construction du donjon. Son fils Charles V (1364-1380) l’achève vers 1370. Donjon et manoir sont ensuite protégés par une enceinte ponctuée de neuf tours. À la mort de Charles V, le chantier de la Sainte-Chapelle vient de démarrer : son portail sera l’un des premiers chefs-d’œuvre du gothique flamboyant.

Château de Vincennes – Sainte Chapelle

Aux 16e et 17e siècles lors de périodes troublées, des souverains se réfugient derrière les murs de l’immense château. De nouvelles constructions marquent la présence épisodique de Louis XIV (1643-1715) avant son installation définitive à Versailles en 1682. 

Vincennes perd alors son rôle de résidence royale et, dès la Révolution, devient un grand arsenal. Napoléon renforce cette vocation militaire par décret le 16 mars 1808 et adapte les lieux à l’artillerie moderne en arasant les tours de l’enceinte (on le constate facilement en comparant les tours de la gravure ci-dessus avec ma photo plus haut).. 

Depuis 1948, le château a successivement accueilli les services historiques de l’armée de Terre, de l’Air, de la Marine puis de la Gendarmerie, réunis en 2005 au sein du Service historique de la Défense. L’ensemble des archives et des bibliothèques place ce fonds en troisième position après ceux des Archives nationales et de la Bibliothèque nationale de France.

Les restaurations commencées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale se poursuivent encore aujourd’hui et ont exigé la fermeture du donjon pendant 12 ans. Depuis 1994, des fouilles archéologiques et des études scientifiques d’une ampleur sans précédent ont beaucoup apporté à la connaissance du Moyen Âge.

Nous entrons dans l’enceinte du château par la tour du Village (celle qui est face à Vincennes).

Entrée au château de Vincennes – Tour du Village

L’accès à l’intérieur de l’enceinte du château est accessible gratuitement à tous, seules les visites du donjon avec son châtelet d’entrée et de la Sainte-Chapelle sont payants. Avec notre carte « Passion Monuments » du centre des monuments nationaux, nous pouvons y entrer librement.

La déambulation dans l’espace intérieur de près de 6 hectares est déjà une jolie balade même si ça manque un peu de végétation. Mais nous sommes venus pour en voir plus.

La Sainte-Chapelle étant en pause méridienne jusqu’à 14 heures, nous nous dirigeons vers le donjon.

Le châtelet d’entrée est le seul accès au donjon qui est protégé par un mur d’enceinte surmonté d’un chemin de ronde couvert et par un profond fossé rempli d’eau à l’origine. C’est une forteresse dans la forteresse.

Le donjon est une prouesse architecturale et l’expression d’une volonté politique exceptionnelle : sa construction a été rapide et coûteuse. Cette grosse tour carrée, flanquée de quatre tourelles d’angle, est divisée en six niveaux de salles dont les voûtes reposent sur une seule et fine colonne centrale. Chaque étage présente le même plan, avec une vaste salle centrale et des pièces dans les tourelles d’angle. Il s’élève à 50 mètres : c’est le plus haut donjon du Moyen Âge. 

Château de Vincennes – Illustration des circulations dans le donjon

Depuis le châtelet, on pénètre dans le donjon par une passerelle 1️⃣ qui était son seul accès au Moyen Âge. Les deux niveaux autorisés à la visite sont celui de la salle du Conseil 3️⃣ et celui de la chambre du roi 4️⃣. Les décors sculptés sont les mêmes : un chapiteau au sommet de la colonne centrale, des consoles figurant les symboles des évangélistes aux angles. Le roi pouvait bénéficier, près de sa chambre, d’un oratoire, d’une petite chapelle, d’une salle d’études, d’une salle du trésor et même de latrines !

Le donjon a été aménagé en prison d’État de prisonniers « de la haute » dès le 17e siècle. Sa capacité ne lui permettait pas d’héberger plus de quatorze détenus. Furent internés notamment le duc de Beaufort, principal chef de la « cabale des Importants », le cardinal de Retz, Nicolas Fouquet, Voltaire, le marquis de Sade et Mirabeau. Diderot quant à lui ne fut pas emprisonné dans le donjon mais dans un bâtiment attenant à la Sainte-Chapelle désormais détruit. Y séjourneront plus tard de nombreux républicains de gauche comme Barbès, Blanqui et Raspail.

La Sainte-Chapelle est maintenant ouverte et nous pouvons la visiter. Fondée par Charles V en 1379 sur le modèle de la Sainte-Chapelle du palais de la Cité à Paris, elle ne comporte cependant qu’un seul niveau et des oratoires réservés à la reine, à droite, et au roi, à gauche et, au nord-est, un bâtiment abritant la sacristie et la salle du trésor. L’édifice fut achevé longtemps après, sous le règne d’Henri II (1547-1559).

Les sculptures du portail ouest témoignent de la maîtrise de l’art de la pierre au début du 15e siècle. Les verrières de la nef ont été en grande partie perdues lors des destructions de l’époque révolutionnaire. Dans le chœur, en revanche, le décor illustre l’Apocalypse selon saint Jean.

À noter la présence du tombeau du duc d’Enghien dans le petit oratoire dit du roi, sur la gauche du chœur, bel exemple du style pompeux cher au gros Louis XVIII.

Encore une petite balade jusqu’au fond de la cour, côté Bois, et notre périple historique s’achève sous un magnifique soleil printanier.

Château de Vincennes

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