La Cité internationale de la langue française, inaugurée en octobre 2023, est un lieu culturel et de vie entièrement dédié à la langue française et aux cultures francophones situé au cœur du château de Villers-Cotterêts dans l’Aisne. C’est sous un superbe ciel bleu hivernal que nous avons découvert ce monument historique et culturel.
Non, ce n’est pas vrai, la photo ci-dessus a été trafiquée avec Photoshop pour changer le ciel et supprimer quelques « distractions ». En réalité, le ciel était gris et le temps assez frais. Mais peu importe, nous étions surtout attirés par la nouveauté du lieu, la restauration du château et la thématique du musée dédiée à la langue française.
De plus, une exposition temporaire Trésors et secrets d’écriture, en cours jusqu’au 1er mars, permet d’admirer une centaine de manuscrits d’exception issus des collections de la Bibliothèque nationale de France, du XIIe siècle jusqu’aux textes les plus contemporains, une traversée de Chrétien de Troyes à Marguerite Yourcenar.
Les collections de manuscrits de la Bibliothèque nationale de France sont un véritable trésor, couvrant des millénaires et des langues du monde entier. Et bien sûr, les manuscrits en français sont au cœur de cette collection : des écrits les plus anciens aux textes des auteurs d’aujourd’hui, c’est toute l’histoire du français qui se déroule sous les yeux des visiteurs. Cette exposition invite à la découvrir à travers plus d’une centaine de documents uniques et précieux, tous tracés par une main humaine sur du papier ou du parchemin.

Pour voyager à travers dix siècles d’histoire du français, l’exposition est organisée en cinq étapes, basées sur le contenu et les usages de ces manuscrits. On commence par une première partie qui retrace, grâce à des manuscrits savants, comment le français s’est progressivement imposé comme une langue écrite capable d’exprimer et de penser le monde. Ensuite, on plonge dans le Moyen Âge avec une section entièrement consacrée aux manuscrits médiévaux, qui présente un large éventail de documents littéraires du XIIe au XVIe siècle.
Avec l’époque moderne, on commence à voir apparaître des témoignages de la littérature en train de s’écrire, grâce aux manuscrits autographes. Et c’est justement ce que l’on découvre dans la troisième partie de l’exposition, avec des textes de grands auteurs des 19e, 20e et 21e siècles.
Les deux dernières sections de ce texte explorent les usages personnels de l’écriture. On commence par l’écriture intime, avec les registres et carnets. Ensuite, la dernière partie se penche sur la correspondance. Ce genre, qui a vu le jour au Moyen Âge, s’est répandu pour devenir un moyen universel d’échanger des informations, des idées et des sentiments. Mais la correspondance, c’est aussi une forme d’expression et de créativité à part entière.
Je vous propose une petite visite.
En sortant de l’exposition, nous partons à la découverte de « l’aventure du français » dans les 15 salles du musée. Le parcours est situé au premier étage du logis royal auquel on accède par l’escalier du roi. Beaucoup d’écrans et de dispositifs numériques interactifs ponctuent les différents espaces, mais on ne peut ignorer le cadre historique dans lequel on circule et il est magnifique.
Ne pas rater la salle « un château, un territoire » qui dévoile l’histoire du château et de son riche environnement naturel et littéraire.
On termine bien sûr par la salle où se trouve expliquée l’ordonnance dite de Villers-Cotterêts, signée ici même en ce château en août 1539 par le roi de France François 1er : elle reste très souvent présentée comme l’acte fondateur de la primauté du français dans les documents relatifs à la vie publique du royaume de France, faisant du français la langue officielle du droit et de l’administration, en lieu et place du latin alors qu’elle ne porte que sur le domaine de la Justice et non pas sur l’ensemble de l’administration et qu’elle n’exclut pas en réalité l’usage des autres langues de France dans le domaine de la justice.
Cette ordonnance est le plus ancien texte normatif encore en vigueur en France, ses articles 110 et 111 (concernant la langue utilisée par la justice) n’ayant jamais été abrogés !
Ce que l’on voit ici est un fac-similé de l’original conservé aux Archives nationales.

Dans le droit français, les articles 110 et 111 sont les plus anciens articles de loi encore en vigueur aujourd’hui. Ils imposent que les actes administratifs et les jugements soient rendus « en langage maternel françoys » : qu’est-ce à dire ? L’Ordonnance ne précise pas la nature de ce « langage ». La formule ne cessera cependant d’être interprétée comme faisant référence à la seule langue française.
En imposant des actes écrits, l’Ordonnance invite aussi les notaires à conserver minutes et archives, et les autorités ecclésiastiques à enregistrer baptêmes et naissances sur des registres officiels: c’est la naissance de l’état civil. Premier acte royal imprimé en milliers d’exemplaires, sa publication massive contribuera elle-même à la diffusion du français.
Article 110 – Et afin qu’il n’y ait cause de douter sur l’intelligence desdits arrêts, nous voulons et ordonnons qu’ils soient faits et écrits si clairement, qu’il n’y ait ni puisse avoir aucune ambiguité ou incertitude ne lieu à demander interprétation.
Article 111 – Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l’intelligence des mots latins contenus desdits arrests, nous voulons d’oresnavant que tous arrests, ensemble toutes autres procédures, soient de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soient de registres, enquestes, contrats, commissions, sentences testaments, et autres quelconques, actes
Villers-Cotterêts est aussi la ville natale d’Alexandre Dumas qui y est célébré à tous les coins de rue. Impossible de ne pas rendre hommage à sa statue sur la place du Dr Mouflier, de ne pas passer devant sa maison natale en rejoignant la gare ou de ne pas déjeuner à La Tulipe, sympathique brasserie qui fait référence à un de ses romans.
Voila une visite très intéressante à moins d’une heure de Paris en TER. À noter pour la habitants de Hauts-de-France et des Franciliens qu’il existe un Pack TER Cité internationale de la langue française à 18 euros qui donne un accès à la Cité avec un billet aller-retour en TER depuis toutes les gares des Hauts-de-France ou depuis la gare du Nord à Paris. Par contre, il faut payer l’entrée à l’exposition temporaire (3 euros). Mais cette formule vaut bien le coup !
Pour en savoir plus : télécharger le dossier de presse de l’exposition












































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