Petite escapade impromptue en Haute Vallée de Chevreuse pour une découverte du site de l’ancienne abbaye de Port-Royal des Champs. Il y a dix-huit mois, nous avions fait une randonnée aux environs de Chevreuse et nous nous étions promis de poursuivre, un jour, le chemin Racine jusqu’à ce site historique. Aujourd’hui, point de randonnée pédestre, le chemin Racine attendra, nous profitons de la fin d’une location de voiture pour effectuer cette petite virée printanière.

Le site de Port-Royal des Champs est constitué de deux entités proches : les ruines de l’ancienne abbaye dans un parc en fond de vallée du Rhodon et, à trois cents mètres de distance mais cinquante mètres plus haut, les Granges de Port-Royal, ensemble de bâtiments abritant notamment les collections du Musée national de Port-Royal des Champs, des peintures essentiellement.

© IGN – Musée national de Port-Royal des Champs

Malheureusement, les deux entités ne fonctionnent pas de concert, bien qu’un escalier dit des Cent Marches les relie. Le parc de l’ancienne abbaye n’est accessible que pendant les week-ends et jours fériés. En ce début de semaine, nous devons donc nous contenter de visiter les Granges et de jeter un coup d’œil sur les ruines, dont la vue est cependant bien dégagée.

Les ruines de l’abbaye de Port-Royal des Champs vues depuis les Granges

Malgré cette incongruité, la découverte du domaine des Granges peut satisfaire le visiteur, avec le parcours dans les collections du musée abritées dans le bâtiment des Petites Écoles (cher à Racine et Pascal) et une promenade très sympathique dans la cour de la ferme, le potager, le parc et le verger dit des Solitaires.

Cette abbaye – féminine – a eu une histoire assez mouvementée. Fondée en 1204 dans le giron de celle – masculine – des Vaux de Cernay (qui est située à moins de dix kilomètres et que nous avons visitée de retour de Rambouillet), elle connut une croissance importante et gagna une grande renommée avant de péricliter et de verser dans une dégradation morale critiquée par les autorités religieuses.

Au début du 17e siècle, le monastère se releva sous l’impulsion de quelques dirigeantes à la poigne de fer et devint l’un des hauts lieux de la réforme catholique puis l’un des symboles de la controverse janséniste. Port-Royal apparaissait alors comme une thébaïde pour les admirateurs des Solitaires (de jeunes gentilshommes souhaitant se retirer du monde corrompu), c’est-à-dire un endroit privilégié où le chrétien est à même d’œuvrer pour son salut sans être tenté par le monde matériel. Cela fascinait le monde intellectuel et religieux du 17e siècle, mais pas trop le roi Louis XIV et le Pape …

Après les multiples entraves et suppression de revenus imposées par le roi (de plus en plus sénile, cul-béni et absolutiste), ce sont les décisions du Pape et de l’Archevêque de Paris, entérinées par le pouvoir civil, qui vont chasser les religieuses de Port-Royal des Champs en 1709. En 1710, le Conseil d’État ordonna la destruction de l’abbaye dont il ne reste aujourd’hui presque rien. Ça ne va assez vite, le roi exigea en 1712 de tout détruire « à la poudre ». Cependant le domaine des Granges, qui a gardé son aspect d’ancienne ferme, est resté debout et est passé de main en main jusqu’à son acquisition par l’État en 1983.

La visite commence par le musée national situé dans l’ancien bâtiment style Louis XIII des Petites Écoles et ses annexes. Des travaux de rénovation étant en cours, la visite est limitée (le prix d’entrée aussi) et on peut tout de même contempler quelques peintures en lien avec l’abbaye, ses bâtiments dans le paysage, les personnages qui ont marqué son histoire. Ces tableaux sont l’œuvre de, entre autres, Philippe de Champaigne, Hyacinthe Rigaud, Jean Restout.

La pause méridienne est sacrée, le musée est donc fermé pendant deux heures (une heure trente en haute saison). Mais le personnel d’accueil nous explique très gentiment que l’on peut rester dans le parc du domaine pendant cette pause, un portillon ad-hoc est disponible si on veut s’échapper avant la reprise.

Un parcours autour des bâtiments nous fait passer dans la cour de la ferme (avec son puits de Pascal), dans un potager médiéval et son jardin des simples, dans le parc devant la maison du 19e d’où l’on domine les ruines de l’abbaye, puis au travers du verger des Solitaires qui présente un ensemble paraît-il unique d’arbres fruitiers anciens.

Le jardin potager invite à la flânerie, clôturé par des murs qui l’abritent des vents et font grimper la température sous le soleil printanier. On y resterait des heures, à lire Les Provinciales ou Les Pensées de Blaise Pascal, qui fut un habitué des lieux. Mais le reste est bien aussi.

Le bâtiment « historique » des Petites Écoles est le bâtiment de trois niveaux avec sa façade de fenêtres hautes et étroites. Celui qui ressemble à un manoir avec son escalier extérieur, son balcon et son toit mansardé est en fait une « annexe » rajoutée pas le propriétaire au 19e siècle. On le comprend en contemplant la bizarre jonction des toitures.

Un cadran solaire orne la façade du « manoir », avec une devise bien visible sous la bordure du toit : Hora Fugit Utere ce que l’on peut traduire par L’Heure fuit, il faut en profiter. Une autre, beaucoup moins lisible, est située juste au-dessus du cadran : Nulla fluat cujus non meminisse juvet, qui signifie quelque chose comme : Que nulle (heure) ne s’écoule dont on ne prenne plaisir à se souvenir. Que les latinistes distingués me pardonnent ces approximations.

Cette petite promenade sympathique, riche de nature, de culture et d’histoire, est terminée, dommage qu’on ne puisse pas, dans la foulée, la poursuivre vers les ruines de l’abbaye. Ça complèterait agréablement le parcours et l’histoire du site serait mieux transmise aux visiteurs.


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